DANS LES NOUVELLES ~ Achat de Nexen par la chinoise CNOOC - Sommes-nous à vendre au plus offrant?

Le Devoir, Idées, Page A9, Peter Julian et Hélène Michaud.

Comme ce fut le cas pour Potash, la prise de contrôle d'une compagnie canadienne exploitant les sables bitumineux n'est pas une mince affaire. L'annonce de l'achat potentiel de la compagnie canadienne Nexen par le groupe pétrolier chinois CNOOC pose une question franche à laquelle tous les Canadiens ont intérêt à répondre de façon éclairée : sommes-nous à vendre au plus offrant ?

Pour nous, il ne fait aucun doute que cette transaction est d'une importance capitale et nous avons le devoir d'en analyser toutes les conséquences avant d'avaliser la prise de contrôle d'une entreprise oeuvrant dans un secteur aussi stratégique de notre économie. Mais pour ce faire, nous devons avoir toute l'information en main.

Et c'est justement ce que le NPD réclame depuis l'annonce cet été du rachat pour 15,1 milliards de dollars de Nexen par CNOOC China. Selon nous, le processus d'approbation de la transaction qui se fait présentement derrière des portes closes par les conservateurs est contraire aux intérêts du Canada et est contraire au devoir de transparence de tout bon gouvernement.

Si le ministre de l'Industrie, Christian Paradis, faisait preuve de leadership, et tenait des audiences publiques, nous pourrions enfin avoir des réponses aux multiples questions qui sont soulevées par cette possible prise de contrôle d'une importante compagnie canadienne exploitant les sables bitumineux, mais qui détient aussi des intérêts pétrolifères dans le golfe du Mexique et dans la mer du Nord. Et nous ne sommes pas les seuls à sourciller et à poser des questions pertinentes.

Prises de contrôle étrangères

Depuis l'annonce, nous avons multiplié les rencontres avec des gens d'affaires, des travailleurs, des syndicats, des experts et des commettants préoccupés par les impacts de la vente de la 12e compagnie de pétrole et de gaz au Canada. Plusieurs voient dans cette transaction la clé ouvrant la porte à une cascade de prises de contrôle étrangères de nos entreprises du secteur de l'énergie.

Pour nous, la chose est simple. Si la Loi sur Investissement Canada avait été revue et corrigée comme l'avaient promis les conservateurs, nous n'en serions pas là. Cette loi, qui encadre l'achat d'intérêts canadiens à des investisseurs étrangers, manque de dents.

Dans le cas qui nous préoccupe, c'est la définition de l'avantage net, trop vague, qui nous cause des maux de tête. Est-ce que les emplois canadiens seront tous protégés ? Est-ce que CNOOC est crédible dans son engagement à respecter les normes environnementales canadiennes ? Est-ce que le siège social demeurera au Canada ? Si oui, pour combien de temps ? Est-ce que CNOOC va investir au pays, ou se concentrer de transférer tout le savoir-faire de Nexen en Chine ? Les conservateurs assurent que la transaction sera acceptée seulement si elle est dans l'intérêt des Canadiens, mais comment leur faire confiance quand on sait que pour toute consultation, ils se fient aux conseils de lobbyistes qui ont déjà travaillé
pour eux ? Vous nous permettrez d'en douter.

Qui est CNOOC ?

Le NPD a une foule de raisons de s'inquiéter des effets de cette transaction sur notre économie, nos emplois et l'avenir de nos richesses naturelles. De nombreux intervenants ont soulevé la question des répercussions possibles de la prise de contrôle d'une compagnie canadienne par une société ayant des liens directs avec l'État chinois par sa gouvernance et qui pourrait étendre son contrôle dans un secteur économique névralgique pour le Canada. La question se pose. Et la réponse est pertinente, car elle est lourde de conséquences.

Comprenez-nous bien. Le NPD est loin d'être contre les investissements étrangers, mais nous croyons qu'il faut examiner les circonstances propres à chaque cas. Dans le cas de Nexen, il faut savoir qui est CNOOC. Cette entreprise n'a pas le bilan environnemental et éthique le plus reluisant. Nous savons notamment qu'en juin 2011, CNOOC a camouflé pendant plus d'un mois le déversement accidentel de pétrole au large de la Chine.

Nous savons également que la société d'État a fait l'objet de plaintes formelles pour abus des droits de la personne et pour avoir contaminé des terrains en Birmanie. Et ces nuages noirs s'ajoutent à la publication récente d'un rapport du Service canadien du renseignement de sécurité affirmant que ce genre de prise de contrôle pourrait porter atteinte à notre sécurité nationale.

Audiences générales

Ces informations nous amènent à nous poser des questions supplémentaires. Quels seraient les recours juridiques du Canada advenant que CNOOC ne respecte pas ses engagements financiers et environnementaux ?

Permettre l'acquisition de nos entreprises de pétrole et de gaz présente également un autre risque potentiel. Cela peut compromettre notre capacité à assurer le développement durable de nos ressources naturelles, notamment en nous assurant que nous offrons des produits qui ont une plus-value sur les marchés internationaux qui respectent nos normes environnementales et cadrent avec nos objectifs de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Le gouvernement conservateur a décidé de se -
vous excuserez le jeu de mots - cacher la tête dans les sables bitumineux en
refusant de voir la réalité et de comprendre l'inquiétude générale. Nous avons
demandé des audiences publiques pour faire la lumière sur cette importante
transaction. Nous avons consulté plusieurs acteurs et citoyens pour connaître
leurs points de vue sur cette transaction historique. Il est urgent que la Loi
sur Investissement Canada fasse l'objet de consultations publiques pour enfin
arriver à une définition claire de ce que représente un " avantage net
pour le Canada ", c'est-à-dire un développement stratégique et responsable
de ressources énergétiques au bénéfice de tous les Canadiens. ***

Peter Julian - Porte-parole de l'opposition officielle en matière d'énergie et de ressources naturelles et député du NPD dans Burnaby-New Westminster et Hélène Leblanc - Porte-parole de l'opposition officielle en matière d'industrie et députée du NPD dans LaSalle-Émard.